Petite histoire de ma vie.

janvier 20, 2008 by truth2truth

C’est l’histoire de deux gars qui sont marchent sur une route vers les montagnes pour faire de l’alpinisme. Le premier est à l’air intelligent, et il l’est. Perspicace, il a le chic, bref, parfait (et en plus il est blond). L’autre là, celui qui suit l’intelligent, est certes sympatique, il est cependant un peu sot. Mais il est heureux (et ce n’est pas la moindre des qualités, nous le verrons). Pour lui, la vie c’est un peu comme un rêve où tout s’arrange. Et en plus dans son sac à dos, il a les tartines que lui a préparé sa mère. Tiens, ce sont les mêmes que celles qu’elle m’avait préparé il y a une vingtaine d’année, mon premier jour d’école, pensa-t-il.

Les deux gars arrivèrent dans les montagnes et se mirent à grimper, puis à escalader. Le sot suivait toujours l’autre, et ils se tenaient tout deux à la même corde pour s’assurer. La pente  était toujours plus forte, et puis comme c’est souvent le cas dans les montagne, ils arrivèrent devant une parois verticale, et ils se mirent à l’escalder (c’était bien cela qu’ils voulaient faire après tout). Ils grimpaient depuis une dizaine de minute lorsque le sot glissa et dégringola.
-tu tiens la corde ? lui cria le premier.
-oui oui, ne t’inquiète pas, j’ai les choses en main ! lui répondit le sot.
-tu es sûr que tu as bien la corde ? Je ne sens rien ! répéta le premier qui connaissait son camarade et qui savait qu’il était quelques fois un peu sot.
-ne t’inquiète donc pas, je l’ai ! répondi ce dernier. Mais en fait il ne l’avait pas, et il tombait de plus en plus vite vers le bas de la parois. Dix, vingt, cinquante, cent mètres. Il allait arriver au fond lorsque… rien ne se passa. Pauvres tartines ! Le sot s’écrasa lamentablement sur le sac, qui avait touché le sol en premier. Le sol trembla, et ce fut tout.

 ***

Parfois j’ai l’impression d’être comme ce sot. D’être dans un rêve où tout s’arrange. Un film qu’on a mauvaise conscience de regarder parce qu’on sait qu’il va bien se terminer. Et qu’en plus l’histoire racontée ne nous apporte rien, parce qu’elle n’a rien à voir avec notre vie, parce qu’elle raconte la vie d’un agent secret qui vit dans un monde où les seuls couleurs sont celles de la neige et de la route noire. Comme il est heureux cet agent secret ! Il accomplit sa mission qui devient compliquée, impossible, irréalisable, et fantastique dès que l’héroïne apparaît. C’est au moment où celle-ci apparaît que le spectateur qui avait oublié qu’il existait se souvient que le film se terminera bien. Mais les choses se compliquent encore, car le sort de l’héroïne qui a pris encore plus d’importance que la mission de l’agent est en danger, un nouveau but s’est donc imposé au premier, l’agent est encore plus en danger, mais ce qui compte avant tout c’est de la sauver. Pour moi, le jour où l’agent prendra une télécommande et mettra le film sur pause et laissera le spectateur à lui-même, à sa médiocrité cachée, ce sera la victoire. Quel effet : imaginez que le héros se contente de dire « allez, hop, ça suffit pour ajourd’hui. Terminez l’histoire vous-même ». Et l’image se fige, ainsi que le spectateur qui se remet à penser et qui se demande le sens de ce qu’il vient de voir. C’est le sot qui est tombé. On peut cependant s’imaginer sans peine que ce moment magique dans la vie d’un citoyen de notre temps sera écourté, que notre spectateur concluera vite, trop vite à une mauvaise plaisanterie, et qu’il retournera à son train-train quotidien sans se dire au moins que ce qu’il vient de voir pose la question de l’ordinaire et de l’extraordinaire. Il ne faut pas pousser Mémé dans les orties !
J’en suis là. J’écrirais bien « si quelqu’un veut m’aider il sera bien aimable » puisque c’est moi qui suis sot, et que le simple fait que je m’en rende compte me donne les moyens de changer pour ne plus l’être. Mais pourquoi ne plus l’être ? Pourquoi essayer d’être celui qui marchait devant, d’être le blond intelligent ? Tout compte fait, si je suis le sot et que je m’écrase, peut importe puisque je m’écrase et que j’assume ma sottise dans la passivité qui m’est si chère.

Les mots, l’histoire.

janvier 20, 2008 by truth2truth

Les mots ont perdu leur force, leur contenu, leur signification : qui a réagi, qui a levé les yeux un instant en lisant La Croix (15 janvier 08) “Le président Georges W. Bush est arrivé hier à Riyad avec la promesse d’une importante vente d’armes et l’intention de rallier l’Arabie Saoudite à ses efforts pour forger la paix entre Israéliens et Palestiniens et contenir l’Iran”.

Ainsi, il apporte des armes, il veut la paix. Armes, paix. Pourtant, armes=guerre. Ou armes=massacres, génocides, pouvoir illégitime. Armes=instabilité durable, à double tranchant (cf Talibans). “Qui veut la paix prépare la guerre” rappellait hier soir un officier sur France Culture en invoquant sa manière de légitimer le métier de soldat auprès des jeunes recrues. Cette maxime nous vient de loin, de très loin… Des Romains. C’est vraiment très lointain ça ! Nous qui rions tant de leur conception du monde, de leur vision de la science, des dieux, de l’homme. Nous en gardons deux choses : le droit, et la légitimation de la force par le droit.

On oublie parfois malgré le fait que la plume soit considérée comme l’arme la plus retoutable d’entre les puissantes, de faire attention à la signification profonde des mots qu’on emploie.

Signification morale d’abord. Si l’on ose parler, dans la même phrase de « condamnation à mort » de journalistes français dans un pays où deux secondes plus tards on annonce qu’AREVA a négocié une augmentation de seulement 100 % du prix de l’uranium qu’elle extrait.

Incohérence et abus sur le sens des mots, c’est ce que l’on devrait dire sur les discours d’un président qui se réclame de la sauvegarde des valeurs spirituelles. Valeurs qu’il dit lui tenir à cœur dans sa politique de civilisation sans qu’il perçoive le sens profond de civilisation qu’il n’oserait invoquer dans le cas contraire. Valeurs spirituelles alléatoires, immorales puisque fondée sur rien, sur le vide, sur la vague évocation d’un principe d’égalité, de fraternité, d’entraide entre les hommes. Principe d’ailleurs tellement ancré dans ses actions qu’il est un vrai visionnaire, qu’il a réussi à percevoir la marche globale du monde grâce à cette vision des impulsions spirituelles qui nous guident.

Situation cocasse enfin, que les mots nous font vivre : « les anesthésistes continuent leur mouvement de grève ». Cela me rappelle que je vais chez le dentiste vendredi, et que si je pouvais émettre un souhait, ce serait que les syndicats d’anesthésistes puissent trouver un compromis avec notre gouvernement…

Garde à nous, que cette arme de construction massive qu’est la plume ne se retourne pas contre nous à notre insu à cause de notre manque de rigueur et de cohésion !

Se voir à la télévision

janvier 5, 2008 by truth2truth

Un premier article pour vous expliquer ce qui dans le fond m’a motivé à écrire ce blog.

En deux semaines, deux de mes proches m’ont expliqué comment, après avoir été interviewé par une télévision (et une radio), ils ont été surpris (et déçu) de voir que l’émission dans laquelle leur interview a été rendue publique manipulait complètement ce qu’ils avaient expliqué au journaliste.

Comment faire confiance aux médias après avoir entendu cela ? Il est clair que le journaliste ne peut être complètement objectif, mais de là à manipuler ce qu’on lui a confié pour faire passer un message qu’il trouvait approprié à l’émission en ne se souciant pas de la personne interviewé, il y a une marge…

Bien sûr, certains resteront fidèles à ce qu’il ont entendu sur le terrain. Mais d’autres non. C’est particulièrement clair lorsque le média considéré a des buts non pas d’information mais de chiffre d’affaire. Qui a encore besoin de démontrer que TF1 a comme but ultime le chiffre d’affaire ? Toujours plus de pubs, malgré des salaires élevés (Patrick La Lay aurait eu un revenu de 2 233 000 € en 2006 selon le magazine VSD). Il ne s’agit pas de reprocher à TF1 qu’elle fait du chiffre d’affaire, mais seulement de montrer qu’une chaîne, qui se présente comme un moyen d’information, qui forme et transforme l’opinion d’une grande partie des citoyens français, et a comme but le bénéfice, ne peut être en mesure de se rapprocher d’une vérité non manipulée.

On pourra objecter que le produit des médias dont l’objectif n’est pas le profit peut ne pas tendre vers l’objectivité non plus. Et c’est vrai. Là où l’information devient perverse, c’est quand elle se présente comme objective, alors qu’elle n’est pas désintéressée. C’est quand elle dit “untel a dit ceci” alors qu’il ne l’a pas dit. Mais lorsqu’elle dit “untel a dit ceci” (en que c’est vrai) “et c’est vrai car….”, la vision reste objective et non trompeuse car le point de vue est soutenu argumenté, et explicitement dévoilé.

La manipulation liée à l’inexactitude trouve donc sa cause dans une manipulation par des arguments d’autorité (facilité par les images) ainsi que dans la prétention à l’objectivité.

Voilà une distinction. Il y en aurait mille autres à faire.